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« La misère n'est pas une fatalité »

La misère frappe aux portes de l'Europe. La Méditerranée, berceau de tant de civilisations, devient le linceul des pauvres. Oubliés, abandonnés, fuyant les persécutions, les guerres, les famines : des hommes, des femmes, des enfants croyant prendre le chemin de la liberté et de la vie se retrouvent, chaque jour, à la merci d'assassins cruels, de trafiquants sans scrupule, des flots violents.Les petits cercueils blancs, alignés à Lampedusa comme à Malte, abritent les corps sans vie d'enfants confiants qui ne demandaient rien d'autre que de vivre dans la paix. Leurs yeux se sont fermés sur le monde qui les voyait grandir. La promesse de vie qu'ils portaient, comme un flambeau traversant la nuit du temps, s'est éteinte ; l'éclat des roses rouges la rappelle en un long sanglot.Que faire face à ces drames répétés ? Comment rester fidèle aux racines de notre civilisation qui nous commandent d'accueillir l'exilé, de soigner celui qui souffre, de nourrir celui qui a faim, de vêtir celui qui est nu, d'abriter celui qui erre sans foyer ? La tentation est grande, en ce temps de deuil, de détourner le regard de l'insoutenable réalité. Cela, d'autant plus, que la crise frappe dans notre pays, dans nos régions, dans nos communes. Des familles se demandent comment elles vont vivre, demain, et faire face à leurs responsabilités. On voit monter les pauvretés d'aujourd'hui. On voit se dessiner celles de demain. Tout cela inquiète, effraie, révolte. Alors s'occuper des autres, paraît secondaire. Surtout lorsqu'ils sont loin. Commençons par régler les problèmes ici, après on verra ! - entend-on.

Refuser les égoïsmes meurtriers

Mais ignorer les détresses lointaines, n'est-ce pas s'empêcher d'agir pour y remédier ? Cette inaction, ne contribue-t-elle pas à provoquer ces afflux meurtriers de migrants ? Il n'est pas sûr, non plus, qu'en détournant les yeux des misères lointaines on parvienne mieux à résoudre celles qui sont proches. En se fermant à une détresse, ne se ferme-t-on pas à toutes les autres ? Ne peine-t-on pas davantage à comprendre le cri de l'être souffrant, à être attentif à l'ombre qui passe dans un regard, à déchiffrer un silence ? Ainsi s'agrandit la distance vers le proche dont, justement, on voulait prendre soin.

La fraternité humaine se rit des frontières. Elle se tisse du proche au lointain, du lointain au proche. Elle a seulement besoin, pour se déployer, de l'écoute et du respect déliant l'intelligence du coeur. L'écoute permet l'échange et la découverte de l'autre, de ses talents, de ses espérances. Le respect implique de ne pas susciter les rêves fous qui jettent sur les routes de la mort ceux qui croient, en voyant les images produites pour faire la publicité de la société de consommation, que l'Europe est un eldorado.

Hier, lors de la journée du refus de la misère, ATD Quart Monde invitait à combattre la pauvreté en « combattant les préjugés » (1), qui enferment ceux qui traversent une passe difficile dans leur difficulté et attisent le rejet dont ils souffrent. « La misère n'est pas une fatalité... elle est l'oeuvre des hommes, seuls les hommes peuvent la détruire », écrivait Joseph Wresinski, le fondateur d'ATD Quart Monde. Que la misère soit proche ou lointaine, c'est le même combat que doit livrer chaque génération pour refuser les égoïsmes meurtriers et construire un monde où chaque être humain puisse vivre sur la terre donnée à tous.

 

(1) En finir avec les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté, éditions ATD Quart Monde.

Jeanne Emmanuelle Hutin